Mes recherches, qui ont porté successivement ou simultanément sur le fait religieux, l’action collective, la mémoire et les relations professionnelles, sont résolument ancrées dans les études de genre, et cherchent à comprendre à la fois les mécanismes de production des inégalités entre les sexes, les modalités de résistance collective à ces inégalités et les effets du genre sur les trajectoires sociales et les identités politiques. Je mobilise des méthodes quantitatives et qualitatives empruntées à différentes traditions disciplinaires.

Ouvrages

  • (avec Alban Jacquemart, Camille Masclet et Bibia Pavard), Les féminismes des années 1970, Editions Vendémiaire, Paris, 2018 (à paraître, contrat d’édition à disposition)
Que sait-on des mouvements féministes des années 1970 en France ? Comment sont-ils nés et se sont-ils développés ? Qui les a animés ? Cet ouvrage de synthèse propose de retracer l’histoire de ces mouvements en présentant un bilan des savoirs consacrés aux féminismes des années 1970. En effet, depuis quinze ans, les travaux de sciences sociales consacrés aux féminismes des années 1970 se sont développés et ont permis une avancée considérable des connaissances sur cet objet. Néanmoins, étant disséminés, ils sont encore méconnus d’un public non spécialiste. L’ouvrage s’adresse aux chercheurs et étudiants s’intéressant aux mouvements féministes, et plus largement aux mouvements sociaux, mais aussi à toute personne intéressée par le féminisme, l’égalité des sexes et le genre.
  • Français en Irlande ou Français d’Irlande, le rapport des expatriés au pays d’origine, L’Harmattan, Collection Logiques sociales, 2007, 228 p.
Cet ouvrage constitue une entrée dans l’univers méconnu des Français établis à l’étranger. S’intéresser aux Français qui, à la recherche de meilleures conditions de vie et de travail, se sont expatriés en Irlande, amène à considérer les conditions dans lesquelles ils ont quitté la France, les adaptations qu’a nécessitées l’intégration dans la société d’accueil, la permanence de certaines pratiques, représentations et valeurs ainsi que les mouvements identitaires impliqués par le changement de pays de résidence. Cette recherche, centrée sur le rapport des expatriés français à leur pays d’origine, met en relief le lien qui rattache ces individus à leur patrie tout au long de leur parcours migratoire et montre que, n’opérant ni rupture ni rejet d’un espace au détriment de l’autre, les expatriés français, en construisant leur vie en Irlande, s’inscrivent dans une logique de va-et-vient qui dépasse très largement les aller-retours entre leur pays d’accueil et la France.

Articles dans une revue à comité de lecture

  • (avec Hélène Demilly et Sophie Pochic), « Egalité négociée, égalité standardisée ? », Travail, Genre et Sociétés, Vol. 37, 2017.
Cet article présente les premiers résultats d’une étude portant sur la négociation et la mise en œuvre des accords d’égalité professionnelle en entreprise. L’analyse de 186 textes amène une conclusion majeure : il existe peu de différences entre les accords − signés par au moins une organisation syndicale − et les plans d’action élaborés unilatéralement par la Direction. Ce constat surprenant questionne l’efficacité de la voie choisie par le législateur, qui fait de la négociation une modalité privilégiée pour atteindre l’égalité. Au-delà d’une perspective évaluative de l’action publique, ce résultat pose aussi des questions en termes de sociologie des relations professionnelles. Quelles sont les raisons qui expliquent que la négociation n’aboutisse pas (ou peu) à d’autres politiques d’égalité que celles envisagées unilatéralement par les Directions ? Une analyse approfondie des logiques des acteurs et des usages qui sont faits du dispositif permet de dégager trois grands éléments de réponse : tout d’abord, des difficultés pour les auteurs des textes à objectiver la structure des inégalités dans l’entreprise et donc à adapter les mesures à la situation locale ; ensuite, la faiblesse générale des budgets alloués à l’égalité, qui contraint le choix des moyens d’action et conduit à leur standardisation ; enfin, une approche de l’égalité souvent réduite à la question de la mixité, ce qui a pour effet de concentrer l’attention des partenaires sociaux sur un nombre limité de problématiques et sur certaines catégories de salarié.e.s.
  • « Les groupes de parole ou la triple concrétisation de l’utopie féministe », Education et Sociétés, Vol. 37, n°1, « Utopies et éducation : des groupes en mouvement », 2016, p. 15-31.
Cet article porte sur la façon dont les groupes de parole féministes, depuis les années 1970, constituent des lieux d’auto-éducation au sein desquels les militantes s’expriment librement, acquièrent un savoir sur elles-mêmes et le politisent au contact des autres. En effet, en revenant sur l’histoire et les formes actuelles de ces « espaces du dicible » féministes, nous analysons leurs trois principales fonctions : premièrement, permettre aux femmes de prendre de la parole sans avoir à se battre avec les hommes pour l’obtenir, deuxièmement, encourager l’expression de discours sur un soi privé pour valoriser le point de vue subjectif comme source de savoir et troisièmement, faire émerger le commun qui rassemble des expériences jusqu’alors vécues isolément et générer des solidarités.
  • « Quand l’événement créé la continuité. L’intégration de Sohane Benziane dans les mémoires féministes en France », Sociétés contemporaines, n°85, mars 2012, p. 85-110.
Le 4 octobre 2002, Sohane Benziane, 17 ans, est brûlée vive dans un local à poubelles de la cité Balzac, à Vitry-sur-Seine dans le Val-de-Marne. Cet article revient sur les différentes opérations de cadrage, menées par des militantes féministes, pour qualifier la mort de Sohane en « crime sexiste » et faire ainsi entrer cette figure dans l’histoire des luttes pour l’égalité entre les femmes et les hommes. Cet article aborde aussi la façon dont l’assassinat a suscité une rupture générationnelle dans l’espace de la cause des femmes avant de faire l’objet de commémorations réconciliatrices. Les processus de construction du souvenir dont a été l’objet Sohane ont en effet favorisé une réinterprétation de l’événement, permettant de rétablir de la continuité entre des composantes féministes qui s’étaient opposés au moment de l’assassinat.

Chapitres dans des ouvrages collectifs

  • (avec Bibia Pavard), « Féminisme » in L. Bereni et C. Achin, Dictionnaire genre et science politique, Concepts, objets, problèmes, Presses de Sciences Po, Paris, 2013, p.263-273.
Cette notice revient sur les raisons pour lesquelles la science politique française a longtemps fait du féminisme un « non-objet d’études » alors même qu’en tant que positionnement politique, il aurait pu susciter des travaux au même titre que le socialisme ou le pacifisme. Il s’agit de montrer la diversité des réalités sociales contenues dans ce terme et de décrire à la fois les systèmes de pensée qu’il sous-tend, les mouvements sociaux organisés dans lesquels il s’incarne – au niveau national comme international – et les politiques publiques qu’il suscite. Cet article montre aussi en quoi, en raison de leur longévité historique et de leur déploiement à l’intérieur des institutions, les mouvements féministes constituent des voies d’entrée idéales pour repenser à la fois la temporalité de l’action collective et les frontières des mouvements sociaux.
  • (avec Marie-Claire Lavabre), « Liquider l’héritage ? » in J. Capdevielle et H. Rey, Dictionnaire de 1968, Larousse, Collection « A présent », Paris, 2008, p. 15-22.
Cette contribution constitue l’une des questions introductives du dictionnaire. Intitulée « Liquider l’héritage ? », elle vise à réaliser une ébauche d’histoire de la mémoire de mai 68, depuis les lendemains de l’événement jusqu’à nos jours, en montrant notamment l’importance croissante de cet épisode historique dans la mémoire des Français. L’évolution qui a conduit à cette prépondérance dans la mémoire collective y est analysée en relation avec ce que l’historien Jean-Pierre Rioux appelle la « construction d’un Mai mythique »à partir de la fin des années 1970. Devenant avant tout synonyme de révolte étudiante et de libération des mœurs, l’antigaullisme et les luttes ouvrières se trouvent alors relégués au second plan. L’appauvrissement qualitatif du souvenir de Mai 68 semble la condition de son enrichissement quantitatif, de son appropriation par le plus grand nombre. Malgré ce « lissage » de l’image de 68, la mémoire de mai reste clivée selon le positionnement gauche-droite et selon les générations : il existe bien des mémoires de mai 68 et non une mémoire unique et consensuelle.
  • « Jan Palach » in Capdevielle et H. Rey, Dictionnaire de 1968, Larousse, Collection « A présent », Paris, 2008, p. 318-319.
Cette notice vise à resituer, dans le contexte politique de l’époque, le parcours de Jan Palach, étudiant âgé de vingt et un ans, qui s’immole par le feu le 19 janvier 1969 sur la place Venceslas à Prague pour protester contre l’invasion soviétique d’août 1968.
  • 8 notices de dictionnaire: « Francine Comte », « Monique Dental », « Catherine Deudon », « Mémoire », « MLF », « Françoise Picq », « Transmission », « Arlette Zilberg », in C. Bard et S.Chaperon, Dictionnaire des féministes. France – XVIIIe-XXIe siècle, PUF, 2017.

Mémoires ou rapports de recherche non publiés

  • (sous la dir. de Sophie Pochic, avec Delphine Brochard, Vincent-Arnaud Chappe, Hélène Demilly, Marion Rabier et Susan Milner), Etude du contenu et de la mise en œuvre des accords collectifs d’entreprise et plans d’action unilatéraux sur l’égalité professionnelle, Rapport DARES – Centre Maurice Halbwachs, novembre 2017, Rapport final Axe 2, 96p. + Annexes Monographies, 150p.
  • (sous la dir. de Sophie Pochic, avec Delphine Brochard, Vincent-Arnaud Chappe, Hélène Demilly, Marion Rabier et Susan Milner), Etude du contenu et de la mise en œuvre des accords collectifs d’entreprise et plans d’action unilatéraux sur l’égalité professionnelle, Rapport DARES – Centre Maurice Halbwachs, janvier 2017, Rapport intermédiaire Axe 2, 70p.
  • (sous la dir. de Sophie Pochic, avec Delphine Brochard, Vincent-Arnaud Chappe, Hélène Demilly, Marion Rabier et Susan Milner), Etude du contenu et de la mise en œuvre des accords collectifs d’entreprise et plans d’action unilatéraux sur l’égalité professionnelle, Rapport DARES – Centre Maurice Halbwachs, juin 2016, Rapport intermédiaire Axe 1, 110p.

Cette étude collective analysait la négociation et la mise en œuvre de l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes en entreprise. En élaborant une sociologie des rapports sociaux qui articule genre et classe nous montrons notamment comment les politiques d’égalité conduisent les partenaires sociaux à concentrer leur attention sur un nombre limité de problématiques et sur certaines catégories de salarié.e.s. En effet, l’analyse d’un échantillon de 186 accords d’entreprise et plans d’action unilatéraux portant sur l’égalité professionnelle donne à voir une certaine confusion entre « mixité » et « parité », qui semblent prendre le pas sur la notion d’égalité, quel que soit le taux de féminisation du secteur. Les mesures envisagées en matière d’embauche, de formation ou encore de conditions de travail servent un objectif de « représentation équilibrée » des femmes et des hommes, correspondant ainsi à une catégorie mobilisée par les pouvoirs publics dans les années récentes[1]. Des monographies réalisées au sein de 20 entreprises ont permis de montrer que ce prisme paritaire a deux grandes conséquences sur le choix des publics cibles. Tout d’abord, il conduit à une focalisation sur l’accès des femmes aux positions managériales et à de nombreuses actions positives en faveur des femmes cadres, comme les programmes de coaching ou de mentoring. Reflet d’une tendance à l’« égalité élitiste »[2], les accords négligent les problématiques propres aux ouvrières et employées tels que les emplois précaires ou les horaires atypiques. De plus, le registre de la mixité amène certaines entreprises des secteurs les plus féminisés à prendre, au nom de l’égalité, des mesures centrées sur les hommes. Si, dans le domaine de l’articulation travail/famille, il est essentiel de promouvoir un meilleur partage des tâches, cette logique de symétrie conduit parfois à nier la domination masculine. Certaines actions en faveur des hommes, dans les domaines de l’embauche et de la promotion, ignorent ainsi le phénomène de l’« escalator de verre »[3] selon lequel ces derniers connaissent structurellement des progressions de carrière accélérées dans les métiers féminisés.

[1] Laure Bereni et Anne Revillard, « Des quotas à la parité : « féminisme d’État » et représentation politique (1974-2007) », Genèses, no 67 (2007): 5‑23.

[2] Alban Jacquemart, Fanny Le Mancq, et Sophie Pochic, « Femmes hautes fonctionnaires en France », Travail, genre et sociétés, no 35 (2016): 27‑45.

[3] Christine L. Williams, « The Glass Escalator: Hidden Advantages for Men in the “Female” Professions », Social Problems 39, no 3 (1992): 253‑67.

  • Le féminisme français à l’épreuve de l’Islam. Dynamisation et recompositions, sous la direction de Nilüfer Göle, Master 2 de Sciences Sociales, Mention Sociologie, Spécialité « Genre, politique et sexualités », EHESS Paris, Mention très bien, 2006.
Ce mémoire porte sur les transformations engendrées au sein de l’espace de la cause des femmes par l’émergence de la question de l’islam dans le débat public. Au même titre que les problématiques de la parité, de la prostitution, ou de la pornographie, l’islam a été un révélateur de clivages au sein du mouvement féministe et ce mémoire analyse les recompositions entraînées par la construction du foulard comme problème public. Il prend aussi cette question comme analyseur des rapports dits de race et de classe à l’œuvre dans le mouvement.
  • Islam et rapports sociaux de sexe, une analyse d’annonces matrimoniales intraconfessionnelles, sous la direction de Catherine Marry, mémoire complémentaire dans le cadre du Master 2 de Sciences Sociales, Mention Sociologie, Spécialité « Genre, politique et sexualités », EHESS Paris, 2006.
Ce mémoire porte sur un corpus d’annonces matrimoniales intraconfessionnelles sélectionnées sur un site Internet se définissant comme « un service matrimonial musulman francophone ». Inspirée d’une étude réalisée en 1984 par François De Singly, cette recherche met en évidence l’existence d’attentes sociales différenciées à l’égard de la vie conjugale selon le sexe. Il permet de dépasser l’hypothèse réductrice d’un effet de domination masculine renforcée par l’appartenance à la communauté musulmane.

Articles dans des revues sans comité de lecture

  • « Le port du voile comme analyseur des normes sociales », in Idées économiques et sociales, CNDP, n°140, juin 2005, p. 46-57
Dans une perspective proche de celle de J.C Kaufmann dans La Trame conjugale, le voile est considéré dans cet article comme un « instrument d’investigation » des normes sociales. A partir d’une enquête menée de septembre à décembre 2003 auprès d’une vingtaine de femmes voilées, il s’agit de mettre en évidence ce que les pratiques de port du voile peuvent nous apprendre sur les logiques sociales à l’œuvre dans la manifestation, la transmission, l’évolution d’une norme.
  • (avec Marianne Blanchard et Agathe Schvartz) « Le rapport des jeunes Irlandais à l’identité nationale », in Idées économiques et sociales, CNDP, n°136, juin 2004, p. 50-62.
Cet article vise à comprendre ce que signifie « être irlandais » pour une génération qui a grandi au moment où le pays connaissait des transformations sociales profondes, entraînées par une expansion économique fulgurante.

Recensions